Les Pousse-Pierres : chronique du roman d’anticipation d’Arnaud Duval

roman SF Les Pousse-Pierres d'Arnaud Duval aux éditions du RiezPendant que je faisais le NaNoWriMo, j’ai lu le roman d’anticipation d’Arnaud Duval intitulé “Les Pousse-Pierres” et je l’ai trouvé excellent. Tellement, que j’ai fait l’erreur de comparer mon propre texte au sien et de me dévaloriser. Mais c’est un autre sujet…

Aujourd’hui, je voudrais réaliser la chronique de cette histoire et vous présenter ce qui, selon moi, en fait des points forts dont on peut s’inspirer pour écrire un roman de SF.

 

Présentation de ce roman d’anticipation

Arnaud Duval, auteur de science-fiction avec le cycle de TorinoArnaud Duval est, comme Stéphane Desienne, un auteur du collectif CoCyclics. Il a été permanent du forum, même s’il n’y est plus très actif depuis un moment. Je crois pouvoir dire, si je me base sur la qualité des écrits de ces 2 auteurs, que le travail de bêta-lecture est hautement formateur : “Les Pousse-Pierres” sont très bien écrits, réalistes et bourrés de suspense et de rebondissements ! Le roman a été justement récompensé par le Prix Futuriales de la Révélation Jeunesse 2012.

Cette histoire d’anticipation est efficace, avec une immersion directe et un rythme soutenu tout du long, avec de régulières révélations pour nous tenir en haleine (mais pas autant que dans Quantex T.1 où, utilisé à outrance, cela posait problème). Il se tient comme un one-shot et pourrait très bien ne pas avoir de suite (ce qui n’est pas le cas, voir en fin d’article).

 

Vous pouvez trouver un résumé et un extrait de l’histoire sur le site de l’auteur, mais voici le mien :

L’histoire se passe en 2170, dans un futur parfaitement plausible et cohérent, dans lequel les états de la Terre ont été remplacés par les corporations, des super-entreprises qui fournissent travail et logements sécurisés aux citoyens, en échange de leur liberté… Avec la puissance qu’ont acquise certaines entreprises aujourd’hui (notamment le GAFAM = les 5 géants du web), l’idée ne fait pas que sourire. L’environnement ne semble pas en excellent état, mais ce n’est pas le sujet du roman, ce point est donc peu abordé, au profit de ce qui se passe dans l’espace.

Les humains ont donc colonisé l’espace. Les Terriens, à part commercer pour fournir fruits et légumes frais aux “extra-terrestres” en échange de minerais provenant de l’exploitation des astéroïdes, y ont peu de droits et la flotte militaire d’Eloane, une gigantesque cité spatiale libertaire et utopique, les empêche de circuler librement (source de tensions compréhensible). Il y a un 3e groupe en présence : les Spatieux, aussi appelés “Pousse-Pierres” , qui sillonnent le système solaire pour en exploiter les ressources, dans des vaisseaux rappelant l’époque des batailles navales d’il y a quelques siècles, avec une Règle de conduite incluant une obéissance aveugle au capitaine.

Les tensions qui existent entre ces 3 communautés aux intérêts et coutumes distincts donneront beaucoup de piment à l’aventure que vont vivre Richard, un jeune Terrien, et Maureen, une adolescente spatieuse. Je ne vous en dis pas plus sur eux, mais ces personnages attachants se retrouvent au centre d’un complot qui les dépasse !

Les humains ont aussi inventé des Intelligences Artificielles très performantes parfaitement intégrées dans le quotidien des gens. Ces IA tiennent d’ailleurs un rôle de premier plan dans le scénario. L’auteur nous offre un aperçu vraiment pertinent de la façon dont ça va bouleverser nos modes de vie.

Les Pousse-Pierres d'Arnaud Duval, roman jeunesse d'anticipation

 

Les atouts du roman et les leçons à en tirer

J’ai trouvé ce roman vraiment intéressant, ne serait-ce que pour l’effet addictif et fascinant qu’il exerce sur le lecteur (j’en connais même une qui ne lit pas de SF d’habitude et qui l’a dévoré…). Pour moi, cela tient à 5 mécanismes narratifs ou éléments de l’histoire que j’aimerais réutiliser dans mon propre roman.

 

1. Le premier point qui rend la lecture très prenante est que l’on découvre l’univers futuriste en même temps que Richard, le personnage principal. Maureen aussi découvre pas mal de choses, mais elle est quand même une Spatieuse et beaucoup de choses vont de soi pour elle.
C’est une bonne stratégie pour emmener son lecteur (et le fasciner), mais du même coup, ça me limite un peu dans l’analyse qui va suivre, car je ne veux pas spoiler l’histoire en vous révélant certains détails surprenants ou savoureux… 😉

 

2. Un peu dans la continuité du point précédent, l’auteur fait usage d’un procédé qui permet que le lecteur adhère au personnage et partage ce qu’il vit : l’injustice. N’importe qui se trouvera entraîné émotionnellement dans une histoire où le personnage subit des suites d’évènements injustes ou indépendants de sa volonté… Avec une question lancinante : “comment va-t-il s’en sortir ?” .

 

3. La fin des chapitres nous offre souvent une révélation, un retournement de situation ou une complication inattendue ou périlleuse qui contrarie les plans des protagonistes (et l’on se dit “ils sont mal !” ). Ça ajoute vraiment du piment et on est avide de connaître la suite ! Sauf que le chapitre suivant est consacré à un autre personnage…
Arnaud Duval tire avantage d’avoir 2 personnages principaux et raconte aussi de temps en temps des évènements annexes qui arrivent à d’autres, y compris des méchants, ce qui permet de créer un effet “complot” (il faut cependant bien doser ce qui est révélé). Ce procédé narratif d’alternance est fréquemment utilisé, mais il est redoutablement efficace pour donner très envie de connaître la suite ! Pour cela, j’imagine que l’auteur a dû réaliser un travail conséquent de préparation.
John Truby explique dans son “Anatomie du Scénario” que, pour bien fonctionner, chaque chapitre doit être conçu comme une histoire à part entière, avec le désir d’un personnage fait l’objet d’une quête spécifique qui trouve ou non sa résolution totale ou partielle. Et cela doit être une étape qui fait progresser l’intrigue générale (si ce n’est pas le cas, Truby recommande de s’interroger sur son utilité dans le récit, afin de ne pas perdre le lecteur).

=> Le suspense et les rebondissements font actuellement défaut dans le roman que j’ai commencé pendant le NaNo 2014. Je vais bientôt m’atteler à une révision du scénario allant en ce sens.

 

4. Un point fort indéniable est la crédibilité de ce monde futuriste imaginaire : on y croit vraiment ! La cité spatiale Eloane, les technologies de ses habitants et leur système social, l’univers des vaisseaux spatieux, le réalisme des Intelligences Artificielles et des 2 robots…

=> Ce dernier élément est d’ailleurs tellement bien pensé qu’il m’a fait me dire que cela manquait cruellement dans mon roman (500 ans plus tard que Les Pousse-Pierres)… Je dois prendre une décision par rapport à ça. Je pourrais aussi bien pas incorporer d’IA dans l’histoire (l’imagination peut justifier n’importe quoi, même la disparition ou l’interdiction des IA ^^).

 

5. J’ai trouvé la communauté d’Eloane très séduisante et originale. Il s’agit, comme la qualifie l’auteur, “d’une utopie technologique, avec une population hautement éduquée” où il est interdit de mentir et où le but de la vie est de faire ce que l’on aime… Je n’en révèle pas davantage mais j’ai trouvé intéressant la façon dont l’auteur interroge cette utopie à travers les évènements de son histoire.

 

Petit bémol…

Le côté “roman jeunesse” m’a fait commencer le livre avec un a priori, d’autant que les personnages font vraiment “jeunes” au début. Mais en réalité, ils grandissent vite, gagnent en maturité et prennent des initiatives. De plus, la complexité des thèmes abordés (structure sociale, conflits politiques, usage des technologies) fait que ce roman convient aussi parfaitement à des adultes.

 

Les Ombres de Torino, d'Arnaud Duval aux éditions du Riezet petit bonus !

Et je suis très content d’avoir rédigé cette chronique car, en me documentant, j’ai vu que le Tome 2, “Les Ombres de Torino” , venait de sortir aux Éditions du Riez 🙂 Pour ceux qui iront, il sera en dédicace aux Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres ce week-end (le 13 décembre).

*Cadeau de Noël !*

 

Si vous vous lancez dans la lecture, j’espère que cette histoire vous plaira !

Et vous, que pensez-vous des éléments que j’ai analysés pour rendre une histoire captivante ? Faites-vous un travail spécifique sur le scénario pour ménager assez de suspense et de rebondissements ? Comment faites-vous pour gérer le réalisme des univers futuristes que vous inventez ?







Déjà 8 commentaires pour “Les Pousse-Pierres : chronique du roman d’anticipation d’Arnaud Duval

    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonjour Flora,
      Ce que j’appelle suspense, c’est un sentiment d’incertitude ou d’angoisse par rapport à ce qui va se passer dans une histoire. Ça me semble important, car ça donne envie au lecteur (ou au spectateur) de connaître la suite. C’est ce qui m’a par exemple poussé à dévorer les 6 épisodes de la saison 1 de Toxic (lire ma chronique ici). Dans les Pousse-Pierres, l’envie de connaître la suite est d’autant plus exacerbée que le moment de la connaître est différé parce que l’auteur nous raconte les péripéties d’autres personnages.
      Pour moi, dans un roman, le suspense tient à 2 choses : les évènements en eux-mêmes (les difficultés, les risques) et la façon de les raconter (dévoilement progressif, informations incomplètes).
      Espérant avoir éclairci mon point de vue 😉
      A bientôt,
      Jérémie

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  1. Marjorie / Histoire à Vivre

    Hello Jérémie,

    A défaut de dévorer ce roman, j’ai dévoré ton article !
    Tu m’as donné envie de le lire, tout à fait ce que j’aime lire, même si j’aime tout lire :-p
    Merci pour cette découverte !
    Je pense en effet que tu devrais introduire l’IA dans ton roman, c’est incontournable, car nous nous dirigeons vers cela.
    Il semble que la technique narrative d’alternance donne une impulsion particulière au récit, disons un souffle unique à la lecture, vraiment appréciable. Une technique à développer et travailler en tant qu’auteur (je parle pour moi). Il me semble que c’est ce procédé qu’a utilisé avec succès George R. Martin avec “Game of Thrones”, non ?
    Je trouve dommage que le tome 2 de cette série d’Arnaud Duval ne soit pas en adéquation graphique avec le tome 1, et rien n’indique que c’est une suite. Je trouve la police du tome 2 super, très “espace” 🙂
    A bientôt
    Marjorie

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    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonjour Marjorie,
      Effectivement, on se dirige vers un monde plein d’IA dans notre quotidien, mais ce n’est pas pour ça qu’on est obligé d’en mettre dans nos histoires futuristes 😉 Et on sera sûrement loin des ordinateurs de bord pseudo-intelligents de vieilles histoires de SF comme “Maman”, l’ordinateur du vaisseau dans Alien !
      Je me dis qu’elles pourraient avoir tellement posé de problèmes (un peu comme dans “Ventus“) que les humains ont décidé de les éradiquer par mesure de précaution, en ne conservant que des “IA” très mécaniques et peu conscientes pour réaliser des tâches techniques (piloter des machines, traiter des informations dans le cadre d’une enquête…). Les incidences sur mon histoire seront non négligeables, mais je sais déjà que je dois choisir l’option qui aura le plus d’intérêt pour mon scénario (je ne choisirai pas l’interdiction des IA par flemme de tout remanier en ce sens, hein !). Je peux aussi faire un mix des 2 : les IA sont interdites, mais les “machants” essaient de les faire revenir 😉

      Je n’ai pas lu “Game of Thrones” et ne sais donc pas si G.R.R. Martin a utilisé ce procédé. Mais ça ne m’étonnerait pas !
      Pour la couv des 2 tomes, c’est vrai qu’on n’a pas l’impression qu’elles ont une filiation et ce n’est pas mentionné “tome 1” ou “tome 2”, ça l’est seulement dans le titre des fiches produits sur Amazon ou le site des Éditions du Riez. Peut-être parce que ce n’est pas une suite directe avec les mêmes personnages ? La lecture nous le dira 😉

      A bientôt,
      Jérémie

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  2. Marjorie / Histoire à Vivre

    J’ai oublié de te répondre : pour gérer le réalisme de l’univers futuriste d’un futur roman de SF, je me documente énormément. J’ai amassé pas mal d’infos à partir de sources internet notamment scientifiques comme Futura Sciences, ou un livre que j’adore, pas très connu je crois, qui s’appelle “Le 20 juillet 2019” d’Arthur C. Clarke. Je l’avais acheté il y a bien 20 ans car c’est mon jour de naissance ^^ On est bien loin de ce qui est décrit, mais les idées développées sont sympas et sources possibles de récits de fiction. Je peux m’inspirer aussi de magazines qui parlent de ce sujet, ou bien évidemment piocher des idées dans d’autres romans, notamment les classiques.
    Donc là j’en suis à cette phase, j’amasse des connaissances. C’est à partir de là que je créerai un univers de SF. Mais ce n’est pas ma priorité pour l’instant, les idées doivent encore mûrir car je suis sur d’autres projets.

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    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonne maturation alors 😉 et merci pour ce partage (je connaissais Futura Sciences mais n’y vais presque jamais…). Je m’inspire moi aussi de magazine de vulgarisation scientifique, même si le niveau n’est pas toujours très poussé… mais c’est déjà suffisant pour l’inspiration. Après, des recherches plus approfondies permettent la crédibilité et le réalisme, mais je fais attention que ma volonté de coller à la réalité ne bloque pas le processus de création.

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  3. ELEA

    Bonjour Jérémie,

    Merci pour ce partage, du coup je l’ai acheté et lu en 2 jours.
    Alors disons, j’ai bien aimé même si le jeune ado du départ m’a donné envie de lui filer des baffes. Heureusement il mûrit vite dans le roman.
    * L’aspect que j’ai le moins aimé : les descriptions techniques : j’avoue je les ai zappées. (pardon, honte à moi).
    * Ma scène préférée : La scène où Maureen s’explique avec Nathalie : j’ai écrasé une larme.
    Ce que je trouve intéressant dans ce roman (comme le dit Truby d’ailleurs) : l’évolution des personnages, comment ils vont dépasser leurs faiblesses morales.
    Ce qui m’a plu aussi ce sont les 2 petits robots. Les personnages secondaires de ce type sont vraiment intéressants car ils permettent de mettre des situations en perspective et évitent au lecteur de se lasser du personnage principal (enfin c’est mon humble avis hein).
    Enfin le rythme du livre est assez rapide, grâce aux différents conflits qui s’enchaînent vite et régulièrement.
    Voilà : évolution et conflit pour moi ce sont 2 éléments à ne pas négliger quand on veut faire une histoire captivante.
    A bientôt

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    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonjour ELEA,
      Content que tu aies bien aimé le livre et merci de partager ainsi ton avis 🙂
      Je crois que c’était voulu de la part d’Arnaud Duval que Richard se comporte de façon capricieuse et immature au début de l’histoire. On dirait que ça a bien fonctionné avec toi, héhé !
      Concernant ta scène préférée, je n’en ai pas parlé dans ma chronique mais elle m’a noué la gorge, la situation et le dialogue sont très bien gérés. J’ai pour ma part bien apprécié les descriptions techniques qui m’ont permis de bien visualiser les lieux et les actions. Il y a d’ailleurs une scène d’action avec beaucoup de suspense qui m’a bien marqué et sur laquelle je vais peut-être revenir dans un autre article pour essayer de la décortiquer et voir ce qui fait qu’elle fonctionne si bien (la scène de Richard et Maureen face au robot).
      Je te rejoins complètement sur l’importance de l’évolution et du conflit (je suis en train de lire La Dramaturgie d’Yves Lavandier et il insiste beaucoup sur ce deuxième point). Je trouve intéressant ce que tu dis sur les personnages secondaires qui permettent de ne pas se lasser du principal, je n’avais pas vu les choses sous cet angle. C’est par contre moins facile à mettre en œuvre dans un récit à la première personne…
      A bientôt,
      Jérémie

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