Z Nation : pourquoi j’ai arrêté à l’épisode 3 [critique]

Z Nation série horreur zombie fin du monde post-apocalypseSi vous lisez régulièrement mon blog, vous savez que j’apprécie The Walking Dead, notamment pour ses qualités scénaristiques et la crédibilité de son univers. Alors, quand j’ai découvert Z Nation, je me suis demandé si une autre série zombie soutiendrait la comparaison.

Eh bien non ! Je n’ai pas réussi à aller plus loin que le 3e épisode. Au-delà de la déception, c’est une excellente leçon d’écriture que je viens de suivre. Elle porte sur 3 points qui peuvent décrédibiliser une histoire : 1. ne pas respecter ses propres règles, 2. faire dans le sensationnel et 3. confondre immoral et amoral.

 

Z Nation critique dramaturgique chronique avis

Au début, j’ai laissé le bénéfice du doute à Z Nation, puis je leur ai cherché des excuses en me disant que c’était le début de la série et qu’il leur fallait du temps pour se rôder, autant les acteurs que le réalisateur ou le scénariste. Mais bon, j’ai repensé à The Walking Dead et dès le début, ils étaient bons… Voyons maintenant ce qui ne m’a pas convaincu dans cette série (et que je me suis promis de ne jamais faire).

 

1. Le non-respect des règles qu’ils ont eux-mêmes fixées

Eh oui, ça c’est grave ! Héhé 😉

Au début du 1er épisode, la grosse surprise pour moi est de voir les zombies courir après les militaires. Je me dis : “Super, ils ont l’air dangereux ! L’enjeu va être de taille pour les personnages de la série.” Le réalisateur vient de me faire une promesse de conflit(s) et de me montrer quelque chose de différent de The Walking Dead où ils sont assez lents. Je suis content.

Sauf qu’il ne tient pas cette promesse… Un peu après, d’autres personnages dont un vieil homme se font pourchasser par des zombies qui sont vraiment sur leurs talons, 2 ou 3 mètres derrière seulement. “Obligé, me dis-je, le vieil homme va fatiguer et se faire rattraper !” Stress.
Eh bien non : le plan change, on retrouve les personnages en train de gravir une colline et, comme par magie, les zombies sont 10 à 15 mètres en retrait. Le conflit est grossièrement écarté. Je me sens trahi et déçu.

Un peu plus tard, les personnages doivent monter en haut d’une tourelle métalliques par des escaliers avec plusieurs paliers qui grouillent de zombies. “Impossible !” me dis-je. Eh bien si. Facile même : deux personnages montent les escaliers, même pas peur, slaloment entre les zombies qui tout à coup sont très lents et réagissent à peine au passage des humains. Ces derniers jouent avec eux, les poussent dans le dos, discutent entre eux et se disputent même. On est bien loin des féroces morts-vivants du début qui couraient…

Bref, toute trace de conflit a disparu. Je m’ennuie. On est loin de The Walking Dead… À titre de comparaison, dans The Walking Dead, les zombies sont très durs à battre dans les premières saisons, un affrontement reste quelque chose de dangereux (et de flippant pour nous). Mais progressivement, cela devient plus facile et les personnages se permettent aussi de discuter pendant les batailles. Mais ce ne sont pas les zombies qui ont changé, ce sont les personnages : ils se sont aguerris au fil du temps. C’est une évolution logique.

BILAN : le réalisateur ne respecte pas les règles qu’il a posées au début de la série. Il n’est pas rigoureux, mais complaisant. C’est comme ça l’arrange. Or pour moi, spectateur, ça perd tout intérêt.

 

2. Vouloir faire dans le sensationnel

Je ne sais pas pourquoi, si c’est le goût du réalisateur de Z Nation ou s’il s’est senti obligé de verser dans le côté obscur de l’horreur par peur de ne pas captiver suffisamment les spectateurs… Toujours est-il qu’on en arrive parfois à des situations franchement grotesques et de mauvaise qualité, digne d’un film d’horreur des années 80 !

Voici rapidement 3 exemples :

A. les personnages trouvent un bébé dans un siège auto, s’en occupent pendant une heure, puis brusquement, il disparaît. Il est mort et s’est zombifié en une seconde (très surprenant…), s’est enfui de son siège et s’est embusqué sous une voiture en attendant le moment opportun pour attaquer (incohérent avec le comportement des zombies, voir point 1). Bref. Ce n’est pas ça qui m’a vraiment dérangé, c’est le rendu du bébé devenu diabolique, avec un tête en carton pâte qui m’a fait penser à la poupée Chucky… Navrant :

Z Nation zombies et morts-vivants en carton pâte

 

B. des chiens de traîneau arrivent à un centre de la NSA. L’un d’eux est bien vivant et se fait recueillir par un humain, tandis qu’un autre chien se zombifie (incohérence : si le virus affecte les chiens, tous les chiens du monde devraient se transformer, non ? or il n’en est rien…). On a droit à une scène d’horreur parmi les conteneurs d’un entrepôt, avec le méchant chien qui se cache (incohérent avec le comportement des zombies), qui se bat avec le gentil chien (qui aurait dû se faire mordre et se zombifier, mais on n’est plus à une incohérence près) et qui tourne autour de l’humain qui finit par l’abattre…

C. et un épisode avec des éléments sordides qui paraissent un peu gratuits et mis en scène ostensiblement dans le but de choquer : cannibalisme, prostitution, folie… Dans The Walking Dead, ces thèmes sont aussi abordés, mais sur plusieurs épisodes. Ils sont traités plus en profondeur et avec plus de finesse.

Le sensationnel, ce n’est vraiment pas mon truc, il y a moyen de faire beaucoup plus subtil pour intéresser les gens et les faire s’impliquer dans l’histoire. Rien de tel pour cela que l’ironie dramatique (voir ma chronique de « La Dramaturgie »).

 

3. Confondre immoralité et amoralité

Immoral, c’est quelque chose qui est contraire à la morale, la morale étant ce que nous jugeons bien ou mal. Amoral, c’est l’absence de discours ou de valeurs morales. Et j’ai trouvé qu’il y avait une dimension amorale dans Z Nation par rapport à la façon dont les personnages traitent les zombies.

Je m’explique : plusieurs fois, ils tuent des morts-vivants gratuitement, avec plaisir, presque avec sadisme, comme s’ils se délectaient de cette violence… Moi, je trouve ça immoral et je trouve que la série est amorale parce qu’aucun personnage ne tient de discours par rapport à ça ou n’incarne de valeurs.

Dans The Walking Dead, quand quelqu’un se lâche avec excès en tuant des zombies, comme Merle qui s’amuse à leur tirer dessus depuis le toit d’un building (épisode 2 saison 1), il y a souvent un autre personnage pour désapprouver.

chat zombieLes raisons sont parfois diverses et triviales : économiser les balles, ne pas se mettre en danger, ne pas en attirer d’autres, mais on entend plusieurs fois au cours de la série que le zombie était auparavant un être humain et qu’à ce titre, il mérite un minimum de respect. On a même le droit dans la saison 1 à une scène où Rick prend le portefeuille d’un zombie pour trouver sa carte d’identité et son prénom, puis faire un petit discours empreint de bonne morale à l’américaine.

Au final, cet aspect de violence jubilatoire et gratuite me paraît limite malsain et cela m’a dérangé car ce n’est pas en accord avec mes valeurs. C’est sans doute très personnel, mais pour moi, ce n’est pas un détail et c’est peut-être même ce qui a pesé le plus lourd dans mon choix d’abandonner cette série.

Et quand je regarde la bannière de Z Nation que j’ai mis en haut de l’article, je me dis que les barbelés autour de la batte ne servent vraiment à rien d’autre qu’à du sensationnel et à de la violence gratuite… Ils ne sont d’aucune utilité pour détruire le cerveau d’un zombie. Je trouve ça très révélateur.

 

Conclusion de cette critique de Z Nation

Je ne cherche pas à vous dissuader de regarder cette série, je sais que mon avis est subjectif et sans doute fortement influencé par la comparaison avec The Walking Dead. Toutefois, j’ai le sentiment d’avoir compris des choses grâce à Z Nation et j’espère que mes réflexions vous aideront tout autant à progresser dans la conception et le traitement de vos histoires.

D’ailleurs si vous avez regardé la 1re saison de Z Nation, je suis curieux de connaître votre avis 🙂







Déjà 9 commentaires pour “Z Nation : pourquoi j’ai arrêté à l’épisode 3 [critique]

  1. Acharat

    Vu ni l’un, ni l’autre.
    Il y a bien trop de violence dans ces séries pour qu’elles me captivent. Je dirai même que cela me navre même s’il y a une morale à l’américaine dans WD. Tout doit-il toujours passer par la violence ?

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    1. Jérémie

      Bonjour Acharat,
      La violence est en effet présente dans ces deux séries, mais TWD fonctionne aussi et surtout avec le suspense (suspense étouffé dans l’œuf dans Z Nation). Bon, c’est vrai qu’ils mettent le paquet avec les effets spéciaux et c’est aussi ça qui fait le succès de la série, à mon avis. Mais je crois que la violence n’est pas là gratuitement, elle est là parce que leur but est de représenter les choses telles qu’elles se passeraient (selon l’imagination du créateur, bien sûr) avec le plus de réalisme possible.
      La morale à l’américaine, je ne suis pas fan (je ne sais pas si ça se sent quand j’en parle d’en l’article ?), Dieu, le patriotisme, les bons sentiments et la petite prière… Mais le propos moral n’est pas uniquement présent sous cette forme (sous forme de discours dans l’exemple que j’évoquais). Le propos moral est aussi représenté par les actes et les choix des personnages.
      Je peux comprendre qu’on n’accroche pas avec l’univers post-apocalypse zombie… Je n’étais moi-même pas fan jusqu’à tomber sur la série littéraire Toxic qui m’a poussé à regarder TWD et à écrire FianZailles (dans l’univers de Toxic).
      A bientôt,
      Jérémie

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  2. marjorie moulineuf

    Hello Jérémie
    Ayant vu les deux saisons de ZNation et les 6 de TWD, je peux dire que je n’adhère à tes arguments. C’est évident que Znation n’est pas une série consensuelle et grand public comme TWD, c’est une parodie et c’est à regarder comme telle. On ne peut pas reprocher à une parodie d’utiliser les codes du genre et l’auto-dérision. Le premier épisode indique clairement au spectateur le ton de la série, le héros à gros bras, le bébé “chucky”, les situations improbables, etc.
    Evidemment, il faut regarder Znation au second degré voire troisième et connaitre les références pour en rire, toutes les grandes séries ou films classiques sont revisités à leur façon : Breaking Bad, X files, GOT, Creepshow, etc ainsi que les mythes populaires ou légendes urbaines. Bref , c’est une série gore, très drôle avec un rythme effréné.
    Quant à dire que la série est amorale alors là j avoue que tu me laisses sans voix ! c’est la seule qui n’est pas manichéenne et aborde des sujets de sociétés (comme la possibilité d’une cure d’ailleurs l’objet de leur quête durant 2 saisons, le nucléaire, la conscience de soi, l’origine du virus, la théorie du complot, etc)
    Pour une fois, une série américaine ne nous dit pas comment et quoi penser, mais propose une satyre de son propre système et du monde en le poussant à son paroxysme.
    Au delà des images choc et du sensationnel, il y a une réflexion sur “l’après” mais ce n’est pas du pré-mâché comme TWD avec des gentils et des méchants coincés dans une boucle sans fin et sans autre finalité que la survie des individus ou d’un groupe. Dans ZNation le but n’est pas d’éradiquer les zombies ou d’être le plus fort et le plus armé mais de composer dans ce nouveau monde et de s’adapter car les zombies de Znation ne sont pas juste des morts vivants dénués de toute conscience. Ce n est pas une série pour les intellos, c’est clair mais ceci dit, il y a du fond si on prend la peine de lire entre les lignes
    Pour conclure moi aussi j’ai appris beaucoup de ZNation et sur la forme c’est vraiment très drôle mais un humour noir et caustique. Pour moi qui suis une fan de séries, ce fut la très bonne surprise. Comme quoi, il en faut bien pour tous les goûts et qu il peut y avoir pas mal de niveau de lecture d’une même oeuvre 🙂

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    1. Jérémie Auteur de l’article

      Salut Marjorie,
      Content d’avoir un contrepoint à ce que j’exprime, de la part de quelqu’un qui en a vu plus que moi. Le côté parodie ne m’est pas du tout apparu au cours des trois épisodes que j’ai vus, mais alors pas du tout… La violence contre les zombies m’a semblé plusieurs fois gratuite et presque jubilatoire pour certains personnages, et les autres semblent s’en ficher totalement. Pour moi, la scène du bébé-Chucky était sérieuse, conçue et réalisée au premier degré. L’aspect parodique expliquerait davantage pourquoi le réalisateur ne respecte pas ses propres règles.
      Quant à l’aspect non manichéen, c’est bien que ce soit présent, mais je n’ai pas vraiment pu le voir (les cannibales de l’épisode 3 sont plutôt présentés comme des méchants “bêtes et méchants” j’ai envie de dire). Il y a effectivement du manichéisme dans TWD, mais on trouve toujours une explication au “pourquoi” les méchants sont si méchants. Et les gentils ne le sont pas toujours tant que ça : Rick pète régulièrement des câbles (il n’est pas le seul, d’ailleurs)… et les autres, même s’ils font bloc derrière lui, n’approuvent pas toujours ses actes.
      Les arguments que tu exprimes dans ton avis me font me dire que je suis peut-être passé à côté de quelque chose, mais les premiers épisodes ne m’ont vraiment pas convaincu… Peut-être lui redonnerai-je une chance l’hiver prochain 😉
      A bientôt,
      Jérémie

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  3. Franck

    Franchement si tu n’as pas eu le courage de t’y remettre je te conseille de le faire.
    Il m’a fallu 5-6 épisodes avant de me mettre vraiment dans l’ambiance. En fait, on sent qu’au fil des épisodes les personnages apprennent de leurs erreurs et se bonifient dans leur jeu d’acteur. C’est une évidence. Le réalisateur commence également à trouver ses marques et l’empreinte unique de Z Nation se fait sentir.
    Plus on avance dans le temps, plus on se rend clairement compte de ce constat. On se prend facilement d’affection pour les personnages, gentils ou pas et bizarrement on ne décroche plus la tête de son écran.
    Cette série n’est clairement pas à comparer à TWD tant les différences sont flagrantes! Pourtant j’adore TWD, mais là, la seule chose qu’ils aient en commun c’est les zombies. J’adore le côté fun et décalé de cette série qui pour moi est une véritable découverte. J’aurais jamais pensé ça de la maison “The asylum”.

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    1. Jérémie Auteur de l’article

      Bonjour Franck,
      Merci pour ces précisions 😉 Peut-être en effet n’ai-je pas assez persévéré et je veux bien croire que le jeu des acteurs et que le travail du metteur en scène s’améliorent avec le temps (c’est normal, c’est valable aussi pour les écrivains et toute activité). Mais bon, dans tous les cas, en ce moment, je n’ai pas trop le temps de regarder des séries, je prépare mon premier salon d’auteurs en espérant pouvoir publier deux livres pour l’occasion ! (article à venir)
      A bientôt,
      Jérémie

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  4. Gaétan Paquin

    Désolé, mais moi je pense que si tu t’arrête à 3 épisodes d’une série, tu ne devrais pas donner ton opinion quelle qu’elle soit. TWD est une très bonne série et Z-Nation tout autant. Marjorie et Franck ont tout dis ce que j’avais à dire donc je ne le réécrirai pas. Oui cette série est truffé d’incohérence, d’illogisme et de pleins d’autres défauts sans aucune subtilité mais c’est voulu. Comme le dit Marjorie, c’est à la limite de la parodie et du sérieux. Tu doit prendre le temps de l’écouter et après tu jugera! Reviens nous là-dessus. Désolé du ton de ce commentaire mais si tu m’aurais vu en trin de lire le tiens, t’aurais vu la vapeur me sortir par les trous de nez.

    Gaétan Paquin

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  5. GabyLjt

    Personnellement j’aime beaucoup Z Nation.
    Le passage du bébé zombie m’a fait beaucoup rire et je penses que c’était le but.
    On peut pas comparer TWD et Z Nation puisque le 1er est totalement sérieux alors que le 2nd ne l’est pas toujours, après c’est mon point de vu.
    Pour ce qui est des zombies dans Z Nation, ils disent que ce sont les “nouveaux nés” qui sont rapides, c’est pourquoi il y a des zombies lents et des zombies rapides, tout dépend de leur date de transformation.
    Bref, faut regarder plus de 3 épisodes pour pouvoir juger la série d’après moi

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  6. Zombies

    C’est dommage vous auriez dû allez au-delà des 3 épisodes c’est une série très drôle, ça me fait penser aux Simpsons… complètement décalée la série…

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