“Réinventer la SF en BD”, le défi de Quai des Bulles ?

frederik peeters a dessiné la série Lupus, une BD de SF“Réinventer la SF en BD”, c’est l’intitulé d’une conférence à Quai des Bulles 2012 qui m’a interpellé et quand j’ai vu que Frédérik Peeters y participait, ça m’a encore plus donné envie d’y aller. En effet, j’avais beaucoup aimé ses séries « Lupus » et « Pilules Bleues », parues chez Atrabile, et je souhaitais entendre ce que cet auteur avait à dire sur la SF.

Quant à François Bourgeon, je le connaissais par son excellente série « Les passagers du vent » que j’ai lue quand j’étais gamin.

Voici mes impressions sur les échanges les plus importants qui ont eu lieu.

Interviewés par Romain Brethes, du journal Le Point, il y a eu beaucoup de discussions sur le processus créatif des auteurs, leurs sources d’inspiration, les réflexions qu’ils souhaitent faire passer dans leurs ouvrages, mais aussi sur leurs personnages, sur le travail de documentation, sur les techniques de colorisation…

Je ne peux évidemment pas rapporter tout ce qui a été dit et ce n’est pas mon objectif. Je souhaite plutôt partager avec vous ce qui m’a le plus intéressé.

Y a-t-il une recette miracle pour créer ?

Je retiens notamment des façons différentes de créer, entre les 2 auteurs ou pour un même auteur :

  • portrait de françois bourgeon auteur d'une BD de science-fictionFrançois Bourgeon (ci-contre) crée méticuleusement des maquettes des lieux ou des engins qu’il dessine et se documente beaucoup sur l’histoire et les civilisations pour créer des univers crédibles dans sa série de SF « Le Cycle de Cyann » (mais dans les précédentes aussi).
  • Frédérik Peeters a dessiné « Lupus » en totale impro, sans recherche documentaire, en inventant les objets futuristes avec ce qui trainait sur son bureau ou dans sa cuisine (un presse-citron comme base pour faire un vaisseau spatial). Quant à sa nouvelle série nommée « Aama » et primée par Le Point, il a travaillé le scénario à l’avance et fait davantage de recherches.

Comme quoi, il n’y a pas de « recette miracle » pour créer, il en existe plutôt des dizaines (attention, j’énonce là un nombre hypothétique !) parmi lesquelles on peut piocher à son gré. Ca me conforte dans l’idée de partir de jeux d’écriture pour générer des idées servant d’inspiration pour des scénarii.

Et demain, ce sera comment ?

La SF, sauf dans le cas de l’uchronie, se passe dans le futur, qu’il soit proche ou lointain. Cela donne donc la possibilité à l’auteur de projeter dans ses écrits ses propres visions de l’avenir, les possibilités qu’il entrevoit, ses interrogations, les dérives qu’il redoute, les choses dont il rêve, etc.

Frédérik Peeters affirme s’être beaucoup penché sur les courants de pensée du transhumanisme (amélioration des humains par la technologie et la génétique) et du posthumanisme (rapport de l’humain avec son évolution vers quelque chose qui aurait quitté le statut d’humain, qui serait posthumain). Ces thèmes l’interrogent et il les aborde dans ses récits, de même qu’il y mêle des composantes autobiographiques.

moebius dessinateur de BD

Il cite à cet effet une phrase du dessinateur Moebius (autoportrait ci-contre) qui l’a beaucoup influencé :

« La SF est un excellent moyen d’exprimer à l’extérieur ses mondes intérieurs. »

Quant à François Bourgeon, il dit lui aussi être inquiet du monde dans lequel grandiront ses petits-enfants, notamment concernant l’écologie. Il dit ainsi s’inspirer de ce qui se passe autour de lui, dans la société, pour nourrir ses histoires. Il complète la citation de Moebius ainsi :

« On enrichit son monde intérieur avec des choses de l’extérieur. »

François finit par une boutade montrant qu’il ne faut pas prendre le métier de raconteur d’histoires trop au sérieux en disant que :

« Dans le fond, nous sommes toujours le même gamin qui parle à son ours en peluche ! »

Frédérik Peeters est le dessinateur de la BD Pilules BleuesPour ma part, il est clair qu’écrire des histoires est le prolongement naturel et sous une forme plus élaborée de cette manie de me raconter des histoires tous les soirs avant de m’endormir quand j’étais gamin !

Et je trouve que la SF est un genre idéal pour créer l’univers qui nous plaît ou qui répond à certaines des thématiques qui nous préoccupent, car la projection dans le futur permet de s’affranchir d’un certain nombre de contraintes liées à la réalité actuelle. J’espère qu’un nombre croissant d’auteurs de BD investiront ce genre !

Peut-être me répondrez-vous que le fantastique le permet aussi, et peut-être encore plus facilement ? Alors je vous répondrais : c’est vrai ! C’est aussi un genre que j’affectionne beaucoup, mais pas autant que la SF.

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Et vous, si vous écrivez, êtes-vous plus proche de la méthode de création de François ou de Frédérik ? Que pensez-vous de la SF comme moyen d’interroger notre monde actuel et son évolution ?







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